D’illustres aînés : Guy Bernardin

Un article un peu spécial aujourd’hui dans la rubrique « D’illustres aînés« .

En effet aujourd’hui je vous présente un marin un peu particulier, pour différentes raisons.

Photo tirée du film tourné par les « Mordus de Voile »

Tout d’abord, Guy est à l’origine du défi voile « Longue Route 2018 ». C’est un projet qu’il avait voulu à l’image de Bernard Moitessier, c’est à dire en mettant surtout en avant le côté humain de ce voyage autour du monde.

Ensuite Guy c’est une figure dans le monde de la voile : il est entre autres à l’origine, avec Philippe Jeantot et Bertie Reed, 2 autres marins d’exception, du premier Vendée Globe. Mais il a été également présent sur de nombreuses régates autour du monde, transatlantiques ou autres et navigué aussi tout simplement en famille ou en solo, rien que pour le plaisir d’être en mer (il a effectué en tout 5 tours du monde et 6 passages du Cap Horn – voir biographie complète de Guy, ICI).

Premier contact avec Guy

J’avais programmé depuis un moment déjà un tour du monde à la voile en solitaire et sans escale, et commencé à sa réalisation quand j’ai eu vent de plusieurs projets qui proposaient de partir à plusieurs voiliers pour effectuer ce tour du monde : il y avait le « Golden Globe Race », qui se pose comme héritier du « Golden Globe Challenge » qui fut organisé en 1968 et qui a été la première course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Mais je n’ai pas donné suite : projet beaucoup trop encadré à mon goût et bien loin de l’esprit et du règlement de la régate d’origine qui était un modèle de simplicité. Simplicité que Guy a repris dans son idée de la « Longue Route 2018 », ce qui fait que je l’ai aussitôt contacté. Car même si on aime bien naviguer en solitaire, c’est quand même plus sympa de faire ça entre copains.

Première rencontre

Une première rencontre entre les premiers participants (nous étions 7 à l’époque) a eu lieu en décembre 2016. Et toutes les personnes présentes ont pu apprécier la simplicité et la modestie de Guy. Cette première rencontre ressemblait un peu à une réunion « secrète », dans un restaurant (qui n’avait pas accepté que la réunion soit filmée) et comme on était encore loin du départ (un an et demi) la présentation « officielle » du projet ne devait être faite que dans quelques mois.

Mais l’interview filmée subrepticement par le représentant d’un groupe facebook célèbre dans le monde de la voile, a pu tout de même se faire « en douce ». Et aujourd’hui avec le tragique évènement qui vient d’avoir lieu, ce film (que vous pouvez voir ci-dessous) prend aujourd’hui une valeur symbolique et émotionnelle particulièrement forte pour les personnes alors présentes. Mais à l’époque nous ne le savions pas encore.

« Avis d’inquiétude »

Le 9 août 2017, Guy appareille des Etats-Unis à destination de la France, avec le bateau qu’il vient d’acheter pour participer à la « Longue Route 2018 ».

Sans information sur sa position depuis le 15 août 2017, le Cross Gris Nez (Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage) est prévenu et émet un « Avis d’inquiétude ».

Aussitôt cet avis est partagé sur tous les réseaux sociaux. L’attente commence !

En attendant des nouvelles, je vérifie aussitôt les conditions météo : directions et forces du vent, état de la mer… depuis son départ jusqu’à sa dernière position connue, et trouve effectivement pour la journée du 16 août 2017 des vents dépassant largement les 100 km/h et des vagues de plus de 10 m.

Pendant cette attente, parmi toutes les anecdotes et conseils que Guy nous a contés, lors de notre première rencontre, je pense surtout à cette remarque : « Je suis protégé. Dès ma naissance, je n’aurais pas du vivre et même lorsque j’ai été naufragé ou dans les coups durs que j’ai vécu, je ne me suis pas inquiété !« .
Et à écouter les récits que Guy nous a fait ce soir là on pouvait le croire aisément.

La mauvaise nouvelle

Quelques jours plus tard on apprend que le voilier de Guy a été retrouvé vide. Guy a disparu !

Et sur le coup, c’est le choc ! Ce marin aux multiples tours du monde et passages du Horn disparaît en Atlantique nord. Je ne peux qu’accuser réception au mail qui m’annonce la triste nouvelle. Trop affecté pour m’étendre plus, chacun réagissant avec sa propre sensibilité.

Il m’a fallu laisser passer plusieurs jours pour pouvoir écrire à propos de la mémoire de Guy et j’ai notamment repensé à ce qu’il nous avait dit à propos de la « Longue Route », lors de cette réunion dans le froid hiver parisien : Guy avait émis le souhait que nous soyons une vingtaine de participants au départ et paradoxalement c’est au moment où ce chiffre était atteint (et même dépassé) que Guy tirait sa révérence, comme pour nous dire : « J’ai fait mon boulot, j’ai atteint mon but, à vous de jouer !« .

Et au travers de sa disparition, Guy nous en apprend encore beaucoup :

Ce qui aurait pu nous faire penser, pour lui si expérimenté, à une simple traversée de l’Atlantique, nous rappelle qu’il y a toujours du danger à aller en mer et nous fait réfléchir sur notre propre comportement et notre façon d’aborder le danger.

J’ai été particulièrement sensibilisé également à sa remarque concernant la « protection », que Guy a évoquée, car lors de cette rencontre à Paris, le sujet avait été abordé alors qu’on parlait justement de la sensibilité qui s’affine lorsqu’on reste en mer un certain temps. J’avais décris à ce sujet quelques situations dans lesquelles j’avais moi-même bénéficié de cette « protection » : destin, instinct, chance… chacun peut le nommer comme il veut, mais en aucun cas cela ne doit nous faire oublier d’être à tout instant vigilant.

Le défi « Longue Route 2018 » devait être un hommage à Bernard Moitessier, il sera désormais un hommage à deux grands bonhommes de la voile.

 

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