D’illustres aînés : Sir Francis Chichester

A l’heure des grandes courses océaniques comme le Vendée Globe, le BOC Challenge, la Volvo Ocean Race, le trophée Jules Verne… il y a de plus en plus de voiliers qui tournent autour du globe. Mais il fut un temps pas très lointain où les navigateurs qui avaient fait le tour du monde sur un voilier de (relative) petite taille se comptaient sur les doigt d’une seule main. Sir Francis Chichester fait partie de ces marins précurseurs.

En effet, un an avant le « Golden Globe Challenge » de 1968, la première course autour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance jamais organisée, un marin s’illustre sur les mers du globe : Francis Chichester (il n’avait pas alors le titre de « Sir »).

Francis Chichester est un personnage dont un bon producteur pourrait tirer un film d’aventures à succès. Voyez par vous-même :

Francis Chichester voit le jour le 17 septembre 1901 à Barnstaple, dans le Devon (Angleterre). Il est envoyé en pensionnat à 6 ans et à 18 ans il immigre et part travailler en Nouvelle-Zélande, où il exerce divers métiers, comme employé ou en tant qu’entrepreneur lui-même : mineur, sylviculteur, exploitation minière, promotion immobilière… Il revient en Angleterre en 1929 et entame en décembre un vol en solitaire vers l’Australie sur son son biplan nommé, « Gipsy Moth ».

Deux ans plus tard, après avoir équipé son avion de flotteurs, il met au point de nouvelles méthodes de navigation qui lui permettent d’effectuer la première traversée est-ouest de la mer de Tasman, reliant ainsi la Nouvelle-Zélande à l’Australie. Mais son rêve de faire le tour du monde en avion s’écroule : au décollage d’un aérodrome japonais il percute les fils électrique tendus entre deux poteaux et son appareil s’écrase. Il ressort de son appareil gravement blessé.

Au cours de la seconde guerre mondiale, Chichester fort de ses connaissances en navigation s’engage dans l’armée britannique comme expert dans les méthodes de navigation aérienne. Après la guerre il fonde à Londres une maison d’édition spécialisée dans la cartographie. Et c’est relativement tard, en 1953 (à 52 ans) qu’il s’intéresse à la navigation maritime.

En 1958, on diagnostique chez Francis un cancer du poumon en phase terminale. Mais son cancer entre en rémission grâce au strict régime végétarien que lui fait suivre sa femme.

Deux ans plus tard, il a alors 59 ans, il participe à la première course transatlantique en solitaire la « transat anglaise », qui doit relier Plymouth en Angleterre, au bateau-feu d’Ambrose, qui marque l’entrée de New-York ». Francis gagne cette première transatlantique à bord de son Gipsy-Moth III, après 40 jours 12 heures et 30 minutes de navigation.

En 1960, dans la deuxième transat, il ne se fera devancer pour la première place que par un autre marin qui deviendra célèbre : Eric Tabarly.

Et c’est en 1966, le 27 août, que Chichester part de Plymouth pour un tour du monde en solitaire à la voile à la barre d’un nouveau voilier, le Gipsy-Moth IV (ketch à coque de bois de 16,50 mètres et de près de 10 tonnes de déplacement), qui, par la suite de nombreuses erreurs architecturales et de fabrication, s’avère ne pas être adapté pour un tel voyage. Néanmoins Francis Chichester parvient en 107 jours, après 22 600 kilomètres, à Sydney d’où il repart le 29 juin 1967 pour rallier son port de départ qu’il atteint le 28 mai 1967 (soit 119 jours de mer), après avoir doublé le célèbre Cap Horn. Avec ce tour du monde en 226 jours, il devient alors le marin le plus rapide à avoir effectué en solitaire un tour du monde à la voile d’Ouest en Est, par les grands caps.

Pour cet exploit Chichester est fait Chevalier commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique par la reine Élisabeth II, qui utilise pour l’anoblir une épée ayant appartenu à Francis Drake (le premier Anglais à avoir fait le tour du globe).

Le récit de ce tour du monde est disponible dans le livre « Le tour du monde de Gipsy Moth IV » dans lequel on peut découvrir la force de caractère de cet homme qui décrit non sans humour les péripéties qu’il a vécues pendant son voyage.

En 1970 (il a alors 69 ans), sur un nouveau bateau, « Gipsy Moth V », il tente de briser le mur symbolique des 200 milles de moyenne quotidienne sur un parcours de 4000 milles, soit 20 jours de navigation. Il n’échouera dans cette tentative que d’une seule journée.

En 1972 (à 71 ans), il s’engage à nouveau dans la Transat anglaise, sur son « Gipsy Moth 4 », mais épuisé il est contraint de renoncer au large de l’Espagne et décède quelques temps plus tard, à Plymouth le 26 août 1972.

Vous pouvez découvrir dans la vidéo ci-dessous quelques considérations de Sir Francis Chichester, issues de son livre « Le tour du monde de Gipsy Moth IV », à propos des 40èmes rugissants.

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Ouvrages traduits :

  • Francis Chichester, Seul en course (Alone across the Atlantic), Librairie Maritime le Yacht, 1962, Paris
  • Francis Chichester, La fièvre océane (The lonely sea and the sky), Editions du Rocher, Monaco, 1965, Paris
  • Francis Chichester, Le tour du monde de Gipsy Moth IV [« Gipsy Moth Circles the World »], Paris, Arthaud, 1998, 372 p., 15 cm × 20 cm (ISBN 2700311817)
  • Francis Chichester, Défi aux trois caps – sur la route des clippers, Paris, Arthaud, 1967, 15 cm × 20 cm

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