« Donne-moi du vent, je te donnerai des milles »

Faire bien marcher son bateau

« Donne-moi du vent, je te donnerai des milles. »

C’est le contrat implicite qui liait Bernard Moitessier à son bateau Joshua, et d’une manière générale c’est le contrat que tout bon marin lie avec son bateau.

La « Longue Route 2018 » n’est pas une régate, il n’y aura pas de premier ni de dernier, pas de record inscrit sur des tablettes historiques. Certains en ont fait un pèlerinage, d’autres un challenge : personnel, sportif ou/et une aventure spirituelle… peu importe. Il y a autant de « Longue Route » que de participants, mais il y a sans doute un peu de toutes ces motivations en chacun de nous et la « Longue Route », c’est un peu de tout ça à la fois.

Dans ma façon de naviguer j’ai toujours tiré le maximum de mes voiliers et je suivrai évidemment ce contrat implicite qui lie tout bon marin à son bateau : « Donne-moi du vent, je te donnerai des milles. »

Tableau de marche pour la « Longue Route »

La régate est un bon moyen de savoir si les réglages de son bateau sont corrects : quand vous voyez le même bateau que le vôtre aller plus vite que vous, vous apprenez rapidement à mieux régler votre bateau. Et si vous naviguez seul ensuite, vous n’hésitez pas à tester plusieurs réglages pour avancer plus vite.

Pour un tour du monde comme la « Longue Route », étant donné qu’il n’y a pas de départ groupé les seuls références de temps vont être celles des marins qui nous ont précédés sur ce même parcours et dans les mêmes conditions.

En lisant les récits des Chichester, Alec Rose, Vito Dumas, André Gentil, Bernard Moitessier… j’en suis arrivé à déterminer un objectif de 200 jours pour ce qui me concerne. L’arrivée récente de Pierre-André Huglo qui vient de boucler son périple, dans le cadre de la « Longue Route », en 222 jours me confirme que 200 jours est une bonne base.

Le trajet de Pierre-André Huglo va constituer un beau tableau de marche comparatif (chaque segment représente environ une semaine de navigation)

Le bateau de Pierre-André étant plus petit que le mien, j’ai une vitesse « théorique » plus grande (celle-ci étant directement proportionnelle à la longueur de flottaison). Je dis bien théorique, car un bateau plus petit étant plus léger tirera un bien meilleur parti des vents légers qu’un bateau plus long (et donc plus lourd). Néanmoins, la majeure partie du trajet va se dérouler dans des latitudes où les vents forts soufflent, et donc un bateau plus long devrait (toujours en théorie) aller plus vite. Et comme je l’ai déjà dit, dans les fortes brises du sud je compte tirer le  meilleur parti des capacités d’Eden en barrant un maximum. Tel Vito Dumas qui lors de son tour du monde en 1942, sur le Legh II, un bateau en bois de 9,50m, arrivait à effectuer des traites de plus de 180 milles par 24 heures.

Il y a par contre d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte dans un tel défi : la forme (morale et physique) du skipper notamment, la solidité du bateau… et s’en tenir à la simple théorie serait une gageure. Mais bon, il faut bien évaluer le temps qui va être passé sur l’eau, ne serait-ce que pour prévoir un avitaillement suffisant 🙂

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Ecoutez dans la vidéo ci-dessous, Bernard Moitessier : « Un marin tire le maximum de son bateau, toujours! Et c’est presque une malhonnêteté vis à vis du bateau de ne pas l’aider, de ne pas le rendre heureux, en faisant en sorte qu’il aille le plus vite possible. »

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