J-27 : retard prévisible pour le départ à la mi-septembre

Plan A, plan B, plan C…

Il en est de la voile comme de nombreuses activités, mais pour en avoir pratiqué beaucoup j’ai pu tout de même remarquer que c’est dans le domaine maritime où des impondérables remettent le plus souvent en cause les plans les mieux étudiés. Combien de départs retardés ou annulés, combien de programmes de croisières modifiés, différés ou remis… En somme, combien de projets avortés à cause de l’imprévisible, le truc auquel on n’a pas pensé du tout et dont on n’a pas forcément l’entier contrôle de la résolution.

Aussi, avec l’expérience, on finit par intégrer, et c’est un comble, ce qu’on ne peut pas prévoir, l’élément auquel on n’a pas pensé et qui va venir gripper les rouages les mieux huilés. Si bien qu’après y avoir été souvent confronté, le cerveau est en quelque sorte formé à réagir dès que quelque chose ne tourne pas rond.

  • La meilleure attitude est d’abord de savoir que ça existe, que ça peut arriver et qu’un évènement impromptu peut venir remettre en cause les plans établis de longue date.
  • La deuxième chose à faire est de relativiser la portée du problème en question.
  • Et si on a bien appliqué les 2 points précédents on a alors déjà mis des atouts de son côté pour être dans le meilleur état d’esprit possible qui va permettre de trouver des solutions (ce sont les fameux plan B, C…).

Alors si je vous parle de tout ça c’est que justement dans le défi voile ‘Longue Route 2018’, il y a eu des évènements qui relèvent du sujet dont je vous parle maintenant. L’un de ceux-ci, le plus grave, dont je vous ai déjà entretenu, est la disparition l’an dernier de l’instigateur de la ‘Longue Route 2018’, qui aurait pu voir tout simplement le projet s’arrêter là. Et heureusement ce ne fut pas le cas. Mais depuis le départ des premiers inscrits à ce défi, on voit de ces impondérables qui pointent le bout de leur nez et obligent certains participants à trouver des solutions pour les contourner, voire à abandonner complètement le projet.

Ne pas prévoir, c’est déjà gémir…’ (Léonard de Vinci)

Et pour ce qui me concerne, je n’y fait pas défaut. A 27 jours du départ théorique au moment où j’écris cet article, alors que je devrais déjà être sur le point de me mettre en route vers mon port de départ dans quelques jours, un problème sur une pièce essentielle du moteur me cloue sur place. Et le plus ennuyeux pour ce cas là, est de devoir dépendre d’autres personnes pour la résolution du problème.

J’applique donc les règles que j’ai énoncées plus haut :

  • Depuis le temps que je pratique des activités ou l’impondérable peut entrer en jeu, je suis ‘blindé’ de ce côté et cela ne représente donc plus qu’un simple contretemps qui ne peut remettre le projet global en cause.
  • Puisque la motivation et la concentration restent intactes, je relativise en pensant à tous les ‘anciens’ qui ont fait la boucle sans moteur, et comme disait souvent Chichester lors de son propre tour du monde à la voile, à chaque fois qu’il avait des ennuis (et il en a eu un paquet) : ‘Ca pourrait être pire !’.

Et à partir de là découlent les différentes solutions possibles :

  1. Partir sans moteur
    C’est vrai que cette solution est plus envisageable sur un voilier léger et maniable que sur un déplacement lourd comme l’est Eden. Mais c’est possible. C’est un tour du monde à la voile dans lequel je m’engage et le moteur est annexe (bien qu’utile et même obligatoire pour entrer dans certains ports – mais en théorie il n’y aura qu’un port à « contenter », celui de départ qui sera aussi celui d’arrivée).
    L’énergie produite habituellement par l’alternateur du moteur peut être supplée dans mon cas par 2 panneaux solaire et par une éolienne. N’étant pas un maniaque de la technologie marine, cela sera bien suffisant pour alimenter le peu d’appareils électroniques dont je pourrais avoir à me servir, mais qui ne me sont pas indispensables.
    Néanmoins voir dès le départ le bateau amputé d’un accessoire, sinon essentiel du moins utile, et de plus traîner de ce fait un poids mort, ne place pas forcément dans la meilleure disposition d’esprit pour commencer un tel périple. De plus, n’ayant jamais navigué sur Eden je ne connais pas sa maniabilité sous voile seule et je préfèrerai le voir au départ dans toute son intégralité.
  2. Partir dès que possible, mais…
    La deuxième solution est, une fois le moteur réparé, de partir aussitôt. Mais de la date de ce départ, découleront différentes issues, fin septembre représentant une date butoir pour un départ compatible avec une arrivée dans les mers du sud à l’été austral. La pièce du moteur n’étant pas encore prête, je sais déjà que je pourrais difficilement me rendre à Saint-Gilles Croix de Vie, mon port de départ prévu. A partir de cette constatation il me reste donc 2 choix possibles :
  • Sortir de Méditerranée puis monter au nord afin de couper le 45ème parallèle (suivant les règles du défi), puis faire demi-tour cap au sud et commencer ma ‘Longue Route’ à partir de ce point (comme la fait Alain Noyau à bord de son Patago);

Ou,

  • Si la saison est vraiment trop avancée, sortir de Méditerranée et faire cap au sud direct.

J’aurais de bonnes raisons de privilégier l’une ou l’autre solution. Dans le 1er cas, je respecte les règles proposées pour ce défi. Règles que j’ai choisi de suivre depuis mon inscription à ce projet.
Et dans le 2ème cas, je peux arguer que ‘Longue Route’ ou pas, j’avais déjà décidé de partir autour du monde bien avant ce défi, que le port de départ finalement importe peu et que je taillerai ma ‘Longue Route’ personnelle.

Il pourrait y avoir aussi le choix si la saison était trop avancée de remettre le départ à 2019 puisque le défi l’y autorise, mais mentalement je suis tellement préparé pour faire ce tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance avec un départ en 2018 que ce choix est exclu (sauf évidemment gros impondérable qui rendrait vraiment impossible un départ en 2018, comme ça été le cas pour certains inscrits).

Pour l’instant ma préférence va à la première solution qui serait d’aller couper le 45ème parallèle nord.
Même si cela se fait dans des conditions musclées (on s’approche de l’automne), cette première étape constituerait pour le bateau, et pour moi, un bon banc d’essai, en sachant que la descente jusqu’à l’hémisphère sud serait ensuite (en théorie) beaucoup plus calme.

Alors, dans quelque semaines, la réponse sera donnée… et en attendant la préparation continue.

 

 

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4 Responses

  1. Bonne chance pour la 1ère solution

  2. Flora dit :

    Quelques commentaires pour alimenter ta réflexion, peut-être ?

    1. partir sans moteur, c’est une solution qui ne s’improvise pas. On ne part pas avec un moteur en panne, poids mort inutile + une hélice qui freine…
    Tu as dû voir que Pierre-Henri a carrément débarqué le moteur de son Contessa 32 FRESH HERRING, pour mettre du ravitaillement à la place, il a même fait boucher la cage d’hélice sur le safran. Mais il connaît son bateau par coeur, navigue avec depuis des années et il est parti de Ouistreham.
    2. Partir sans moteur avec un assez grand bateau que tu ne connais pas trop, et de Méditerranée… pas très réaliste à mon avis, vite voué à l’échec.
    3. Le plus raisonnable : ne partir que quand le moteur sera à nouveau opérationnel. Se tenir prêt pour ne pas perdre davantage de temps.
    Et zou…
    4. Passé Gibraltar, pas toujours facile à l’automne, tu tentes le coup de remonter à 45°N et si c’est trop galère, tu fais comme Manu-Martin, un stop à Cascais et tu démarres ta Longue Route de là, le point extrême Ouest de l’Europe ! Vous serez 2 en classe « Magellan » ! 😉

    Bon c’est facile à dire depuis mon clavier.

    Bon courage pour la suite et inutile de trop te prendre la tête à l’avance.
    Une chose après l’autre.

    • Bruno dit :

      Merci pour les conseils Flora qui dans l’ensemble reprennent effectivement mes propres réflexions.
      Et tu as raison, une chose après l’autre, et c’est ce que je fais 🙂

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